Un solde à six chiffres, une ligne verte « +12 % aujourd'hui », et un message privé : « Regarde ce que la méthode m'a rapporté cette semaine. » Cette image ne prouve rien. Pas « pas grand-chose » : rien. Une fausse capture de portefeuille crypto se compose aujourd'hui en quelques minutes, dans un simple navigateur, avec des cours réels qui bougent en direct et des totaux justes au centime. Nous l'avons constaté en examinant un outil de ce type, dont le lien d'intérêt avec Hyrulea est déclaré plus haut.
Ce guide reprend et complète la méthode en cinq indices publiée par My Larp Wallet, l'éditeur d'un générateur de maquettes, pour repérer en quelques minutes les montages maladroits. Surtout, il détaille la seule vérification qui tranche : celle qui se fait sur la blockchain, jamais sur une image.
Pourquoi les fausses captures de portefeuille crypto prolifèrent
Une fausse preuve de gains ne coûte presque rien à produire, et elle rapporte ce qui a le plus de valeur dans une arnaque : la confiance. On la retrouve dans trois familles de situations.
Les arnaques à l'investissement. Un faux conseiller, un contact rencontré sur une application ou un « mentor » sur une messagerie montre ses gains, puis vous oriente vers « sa » plateforme. Variante redoutable : la capture montrée est celle de votre propre compte, ouvert sur une plateforme frauduleuse dont le tableau de bord affiche des gains fictifs, jusqu'au jour où vous demandez un retrait. Nous détaillons ces mécaniques dans notre guide des arnaques crypto les plus courantes.
L'influence rémunérée. Formations au trading, groupes « VIP » de signaux, coachings : la capture de gains sert de vitrine. Elle suggère un résultat que personne ne peut vérifier, et que l'acheteur n'obtiendra probablement pas.
La crédibilité sociale. Sur les réseaux, afficher un portefeuille qu'on n'a pas porte un nom, le « larp », emprunté aux jeux de rôle grandeur nature (live action role-playing). Le mot recouvre trois pratiques, comme le rappelle ce guide sur ce que désigne un « larp wallet » : une maquette assumée pour un design ou une vidéo, un vrai portefeuille secondaire utilisé pour protéger sa vie privée, et une fausse preuve présentée comme réelle. Seule la troisième est une tromperie : c'est elle qui vous vise quand on cherche à vous convaincre.
Les montants en jeu expliquent l'intérêt des escrocs, et les chiffres ci-dessous sont des planchers : ils ne comptent que les pertes déclarées aux autorités ou les fonds que l'analyse de la blockchain a pu relier à des arnaques. En France, le parquet de Paris, l'AMF et l'ACPR évoquaient dans un communiqué commun une « industrialisation » des escroqueries financières.
> 11 Md$
Pertes liées aux cryptos déclarées au FBI en 2025
> 7,2 Md$
Dont fraude à l'investissement en cryptos
62 604 $
Perte moyenne par plainte liée aux cryptos
≥ 14 Md$
Reçus en cryptos par des arnaques en 2025
2 764 $
Paiement moyen versé à une arnaque crypto en 2025
≥ 1 Md€
Pertes en France dues aux faux placements et faux crédits
Les outils ont suivi : logiciels de retouche, gabarits téléchargeables, générateurs d'images par IA (voir notre guide de l'IA générative au quotidien). Il y a aussi l'inspecteur intégré à tout navigateur de bureau, qui modifie localement le texte d'une page web, par exemple un solde affiché sur le site d'une plateforme, avant une capture parfaitement nette. Et il y a les générateurs spécialisés, qui composent un écran de portefeuille complet. Les arnaques outillées par l'IA rapportent davantage : selon Chainalysis, celles qui sont liées, sur la blockchain, à des vendeurs d'outils d'IA (échange de visage, deepfakes, modèles de langage) ont extrait en moyenne 3,2 millions de dollars par opération, contre 719 000 dollars pour les autres, soit 4,5 fois plus.
Comment repérer une fausse capture de portefeuille crypto : six contrôles
Ces contrôles prennent quelques minutes et ne demandent qu'une calculatrice et un navigateur. Gardez leur limite en tête dès le départ : ils démasquent des erreurs, ils ne certifient jamais l'honnêteté d'une image.
1. L'arithmétique des lignes : le total doit tomber juste
Dans une vraie application, le total en haut de l'écran est calculé à partir des lignes. Dans un écran composé, c'est souvent un champ que quelqu'un a tapé, et c'est le premier chiffre qui dérape. Additionnez les lignes (sans oublier une éventuelle ligne d'espèces ou de stablecoins), puis vérifiez chaque ligne : la quantité multipliée par le cours du jeton au moment affiché doit donner la valeur en dollars ou en euros.
| Ligne (exemple fictif) | Quantité × cours affiché | Valeur attendue | Valeur affichée | Écart |
|---|---|---|---|---|
| Jeton A | 0,4 × 50 000 $ | 20 000 $ | 20 000 $ | aucun |
| Jeton B | 6 × 2 000 $ | 12 000 $ | 12 000 $ | aucun |
| Jeton C | 1 500 × 12 $ | 18 000 $ | 21 000 $ | +3 000 $ |
| Total | somme des valeurs affichées | 53 000 $ | 58 000 $ | +5 000 $ |
Deux anomalies apparaissent : la ligne C est gonflée, et le total ne correspond même pas à la somme des lignes affichées. C'est la signature typique d'une retouche faite à la main, chiffre par chiffre.
2. La variation du jour, confrontée au marché
Le mouvement d'un jeton sur une journée est public : les sites de données de marché en conservent l'historique. Si un jeton a perdu 4 % ce jour-là, une ligne qui l'affiche en hausse est une affirmation vérifiable, et fausse.
Vérifiez aussi la cohérence interne de chaque ligne. Si un jeton affiche une hausse de p %, la variation en dollars de la ligne vaut : valeur actuelle × p ÷ (100 + p). Une ligne de 10 000 $ en hausse de 5 % doit donc afficher environ 476,19 $ de gain (10 000 × 5 ÷ 105), pas 500 $.
Le pourcentage global est plus exigeant encore. C'est une moyenne pondérée des lignes, calculée sur leurs valeurs de la veille. Deux conséquences :
- il tombe presque toujours sur un chiffre « laid ». Des lignes à +12 %, +3 % et −1 %, qui pesaient la veille 20 %, 50 % et 30 % du portefeuille, donnent +3,6 % ;
- il est forcément compris entre la plus faible et la plus forte variation des lignes. Un total à +15 % au-dessus de lignes qui plafonnent à +12 % est impossible, du moins quand l'application calcule la variation sur les avoirs détenus, sans y mêler les dépôts et retraits de la journée.
Deux précautions avant de conclure. Selon les applications, la variation porte sur 24 heures glissantes ou sur la journée calendaire : comparez avec la même convention. Et exigez une date, car une capture impossible à situer dans le temps ne peut être confrontée à rien.
3. La barre d'état : 9:41, batterie, réseau
9:41 est l'heure qu'affichent les téléphones sur les visuels promotionnels d'Apple. Elle survit dans les gabarits et dans les écrans composés, parce que personne ne pense à la changer. Même chose pour la batterie : pleine, ou identique sur des images censées avoir été prises à plusieurs heures d'écart. Regardez aussi le réseau (opérateur, Wi-Fi, 4G ou 5G) et la cohérence de l'heure avec le moment revendiqué.
Limite importante : quand une maquette est ouverte en plein écran sur un vrai téléphone, la capture montre la vraie barre d'état, avec l'heure et la batterie réelles, et ce contrôle ne dit plus rien.
4. Les montants trop propres
Les vrais soldes sont « laids ». Ils portent le reste d'un échange, la poussière laissée par des frais, des décimales que personne n'a choisies. Un bitcoin se divise en 100 millions de satoshis, et un ether en un milliard de milliards d'unités élémentaires : les quantités réelles ont rarement l'air rondes. Les soldes tapés à la main, eux, s'arrondissent : 10,00000 ou 2,5, avec un total posé près d'un chiffre mémorable.
Une quantité ronde ne signifie rien. Quatre quantités rondes dans une même colonne signifient que quelqu'un les a choisies. Mais un faussaire soigneux ajoute des décimales, et un générateur de maquettes affiche toutes celles qu'on lui donne : la démo que nous avons testée en montre jusqu'à cinq par défaut.
5. L'interface, sa version et ses retouches
Les applications de portefeuille changent d'une version à l'autre : hauteur des lignes, graisse des caractères, place du pourcentage, position de la valeur en dollars. Un écran présenté comme récent, dans une mise en page abandonnée depuis deux versions, est une image ancienne ou reconstruite. Comparez-le avec l'application installée sur votre propre téléphone, pas avec votre mémoire.
Cherchez aussi les traces de retouche : un chiffre plus gras ou décalé par rapport à la ligne de base, un halo de compression autour d'un seul nombre, un mélange de formats (virgule décimale ici, point là). Elles trahissent les montages faits dans un logiciel d'image, pas le texte modifié dans la page ni l'écran composé par un outil dédié.
6. Le contexte : la série, l'origine, la pression
- La série figée. Deux captures envoyées à une heure d'intervalle, avec des cours identiques au centime, décrivent un marché qui s'est arrêté.
- L'origine de l'image. Une recherche d'image inversée (Google Lens, TinEye) retrouve souvent une capture recyclée, publiée ailleurs sous un autre nom.
- Les métadonnées. Ne leur accordez aucune confiance : les messageries et les réseaux sociaux les suppriment souvent, et des outils gratuits les réécrivent.
- La pression. Urgence, places limitées, « offre réservée » : la capture est là pour vous faire agir vite, avant de vérifier.
Le tableau ci-dessous résume ce que chaque contrôle attrape, et ce qu'il laisse passer.
| Contrôle | Ce qu'il attrape | Ce qu'il rate |
|---|---|---|
| Arithmétique des lignes | Totaux saisis à la main, retouche d'un seul chiffre | Outils qui calculent le total automatiquement |
| Variation face au marché | Captures anciennes, pourcentages inventés | Outils branchés sur les cours en direct |
| Barre d'état (9:41, batterie) | Gabarits et visuels recyclés | Maquettes affichées en plein écran sur un vrai téléphone |
| Montants trop ronds | Saisies paresseuses | Quantités à décimales « réalistes » |
| Version et retouches | Images anciennes, chiffres modifiés dans un logiciel d'image | Texte modifié dans la page, maquettes à jour |
| Contexte et origine | Images volées ailleurs, séries figées | Captures inédites, cours qui bougent |
Démonstration : un faux solde crypto qui passe presque tous les tests
Nous avons appliqué ces contrôles à la démo publique de My Larp Wallet, un générateur de maquettes d'écrans de portefeuille crypto qui appartient au même propriétaire qu'Hyrulea. Le résultat se lit sur la capture ci-dessous.
- L'arithmétique passe. Le total de 87 659,18 $ est la somme exacte des cinq lignes (38 412,19 + 24 176,37 + 15 252,71 + 7 714,00 + 2 103,91). La variation de +957,47 $ est la somme exacte des variations des lignes, et le +1,10 % est cohérent : 957,47 ÷ 86 701,71 donne 1,104 %.
- Les quantités ont l'air réelles. 397,10732 SOL, 9,80977 ETH, 0,19453 BTC : aucune n'est ronde.
- La barre d'état trahit la démo, pas le produit. L'heure 9:41 et la batterie pleine sont dessinées par la page de démonstration. Dans la version payante, le portefeuille ne dessine plus d'horloge : c'est la vraie barre du téléphone qui apparaît sur la capture.
- Ce qui trahit l'écran tient en trois éléments : le filigrane « MYLARPWALLET.COM » répété en diagonale sur tout l'écran, la pastille « DEMO », et le nom du portefeuille, qui reprend par défaut l'adresse du site. Les deux premiers n'existent que sur la démo gratuite. Le troisième se remplace en un champ.
L'éditeur l'écrit lui-même dans sa méthode : une composition soignée passe tous ces tests, et les siennes y parviendraient, à 1 179 × 2 556 pixels, la définition native d'un iPhone 15 ou 16.
Si quelqu'un vous propose une capture d'écran au lieu d'une adresse, vous avez votre réponse.
Vérifier un portefeuille crypto : la seule méthode qui tranche
Une blockchain publique est un registre consultable par tous : ce qu'une adresse détient ne dépend de l'écran de personne. La vérification tient en trois étapes, plus une variante.
Demander l'adresse publique, rien d'autre
Une adresse de portefeuille est publique par nature : la communiquer ne met pas les fonds en danger (elle révèle en revanche l'historique de l'adresse, d'où certaines réticences légitimes). Ne demandez jamais, et ne donnez jamais, une phrase de récupération ou une clé privée. Si la personne refuse de donner une adresse tout en insistant pour que vous payiez, elle a répondu à votre question.
La consulter vous-même sur un explorateur de blocs
Tapez l'adresse vous-même dans un explorateur indépendant : mempool.space pour Bitcoin, Etherscan pour Ethereum et ses jetons, Solana Explorer pour Solana. Ne cliquez pas sur un lien envoyé par votre interlocuteur : de faux explorateurs existent. Regardez le solde, les jetons détenus, la date de la première transaction et l'historique. Un portefeuille « de trader » créé la veille et alimenté par un seul dépôt raconte une autre histoire que la capture.
Relier l'adresse à la personne par un message signé
Une adresse se copie : n'importe qui peut vous montrer celle d'un gros portefeuille connu. Choisissez donc une phrase avec votre prénom, la date et l'heure (par exemple « Je contrôle cette adresse, pour Julie, le 24 septembre 2026 à 14 h 05 »). La personne la signe avec la fonction « Signer un message » de son portefeuille et vous envoie la signature, que vous vérifiez avec un outil indépendant. Pour Bitcoin, utilisez la fonction de vérification d'Electrum ou de Sparrow, ou la commande verifymessage de Bitcoin Core, réservée aux anciens formats d'adresse (pour les formats récents, le standard est BIP-322). Pour Ethereum, les signatures de messages suivent le standard EIP-191, et Etherscan propose un outil de vérification. Sur Solana, les portefeuilles savent signer un message, mais les outils de vérification sont moins standardisés : faites-vous aider.
Ou exiger un mouvement que vous avez choisi
Autre méthode, plus coûteuse en frais mais simple à contrôler : demandez à la personne d'envoyer depuis son adresse un montant précis que vous fixez (par exemple 0,00012345 BTC), vers elle-même ou vers une adresse que vous désignez. La transaction apparaît sur l'explorateur, horodatée. Elle prouve le contrôle de l'adresse au moment voulu.
Et pour une capture de transaction ?
Même logique : une capture de « paiement envoyé » ne vaut rien, l'identifiant de transaction (le hash) si. Collez-le dans l'explorateur et vérifiez :
- le statut : confirmée, en attente ou échouée, et le nombre de confirmations ;
- l'adresse du destinataire, en entier : des adresses « empoisonnées » imitent les premiers et les derniers caractères de la vôtre ;
- le montant et le jeton. N'importe qui peut créer un jeton nommé « USDT » : sur Ethereum, le Tether authentique correspond au contrat 0xdAC17F958D
2ee523a2206 206994597C1 3D831ec7. Un jeton homonyme émis par un autre contrat ne vaut rien ; - enfin, l'arrivée effective des fonds dans votre propre portefeuille ou sur votre compte bancaire. Ne livrez rien et ne libérez rien sur la foi d'une capture.
Le cas des plateformes d'échange
Sur une plateforme (un compte dit « custodial »), les avoirs ne sont pas rangés dans une adresse publique au nom du client : le solde est une ligne dans la base de données de la plateforme, invérifiable de l'extérieur, même en partage d'écran. Dans un contexte légitime (banque, notaire, partenaire commercial), on demande un relevé émis par la plateforme elle-même, et on le confirme auprès d'elle en cas de doute. Encore faut-il qu'elle ait le droit d'opérer en France : depuis le 1er juillet 2026, seules les plateformes agréées ou notifiées au titre du règlement européen MiCA le peuvent, comme nous l'expliquons dans notre article sur les plateformes crypto encore autorisées en France.
Ce qui prouve quoi : le récapitulatif
| Ce qu'on vous montre | Ce que cela prouve |
|---|---|
| Une capture d'écran de portefeuille | Rien : un écran se compose en quelques minutes |
| Une vidéo ou un partage d'écran en direct | Rien de plus : une page se modifie dans le navigateur, une maquette animée affiche des cours réels |
| Une capture de « paiement envoyé » | Rien : seul l'identifiant de transaction se vérifie |
| Une adresse, consultée par vous sur un explorateur | Ce qu'elle détient à un bloc donné, pas qui la contrôle |
| Un message signé sur une phrase de votre choix | Que la personne contrôlait l'adresse au moment de signer |
| Un envoi d'un montant fixé par vous | La même chose, horodatée sur la blockchain |
| Un relevé de la plateforme, confirmé auprès d'elle | Le solde du compte à la date du relevé |
Même la meilleure vérification a ses limites. Elle ne dit rien de l'origine des fonds (un dépôt, un emprunt, l'argent d'autres victimes), rien d'une performance de trading, rien de la durée pendant laquelle les fonds resteront là, et rien de l'identité réelle de la personne. Un portefeuille bien garni n'est pas un gage d'honnêteté : les escrocs ont souvent beaucoup d'argent, celui des autres.
Qui vous montre une capture, et pour obtenir quoi
La bonne question n'est pas « cette image est-elle vraie ? », mais « qu'attend-on de moi en me la montrant ? ». Voici les situations types, et la bonne réponse à chacune.
- Formation ou coaching en trading. Des captures de gains ou des « résultats d'élèves » servent à vendre une formation ou un accès « VIP ». Exigez des conditions claires, un vendeur identifiable et, si un influenceur en fait la promotion, la mention « Publicité ».
- Faux conseiller, fausse plateforme. On vous montre votre propre tableau de bord en hausse pour que vous déposiez davantage ou payiez des « frais de retrait ». Vérifiez la plateforme sur les listes de l'AMF, et ne payez jamais pour récupérer votre argent.
- Contact rencontré en ligne. Il exhibe ses gains et ses « trades » pour que vous investissiez sur « sa » plateforme. Coupez l'échange : c'est un schéma d'arnaque connu.
- Vente entre particuliers, échange P2P. Une capture de virement ou de transaction doit vous convaincre de livrer le bien ou de libérer les cryptos. Vérifiez la réception sur votre propre compte ou sur l'explorateur.
- Prêt, levée de fonds, deal de gré à gré. Une « preuve de fonds » en image doit vous décider à vous engager ou à avancer de l'argent. Exigez une adresse et un message signé, ou un relevé émis par l'établissement.
- « Distribution » ou « doublement ». Un gros portefeuille prétend « redistribuer » : il suffirait d'envoyer des cryptos pour en recevoir le double. N'envoyez rien : personne ne double vos fonds.
- Société de « récupération ». Elle annonce des fonds « retrouvés » et réclame des frais pour les débloquer. Ne payez rien : l'AMF met en garde contre ces offres.
Pour les formations, la capture de gains n'est qu'un signal d'alerte parmi d'autres : nous avons listé les 12 signaux à vérifier avant de payer une formation en ligne. Pour les ventes entre particuliers, les fausses preuves de paiement font partie des arnaques de 2026 sur Leboncoin, Vinted et Marketplace.
Ce que dit le droit français
Composer une image n'a rien d'illégal en soi : la plupart des captures de l'App Store montrent des données fictives, choisies par un designer. C'est l'usage qu'on en fait, et l'affirmation qui l'accompagne, qui peuvent tomber sous le coup de la loi. Voici les principaux textes susceptibles de s'appliquer ; leur application à un cas précis relève de l'appréciation des juges.
L'escroquerie
L'article 313-1 du Code pénal réprime le fait de tromper une personne, notamment par des « manœuvres frauduleuses », pour la déterminer à remettre des fonds, des valeurs ou un bien, à fournir un service ou à consentir un acte. La peine encourue est de cinq ans d'emprisonnement et de 375 000 € d'amende, portée à dix ans et 1 000 000 € en bande organisée (article 313-2). La tentative est punie des mêmes peines (article 313-3) : la victime n'a pas besoin d'avoir effectivement payé pour que les faits soient poursuivis.
Selon une jurisprudence constante, un simple mensonge ne suffit pas à caractériser l'escroquerie : il faut qu'il soit appuyé par des éléments extérieurs, comme un document ou une mise en scène. Une fausse capture de gains produite pour convaincre quelqu'un d'investir ou de payer est précisément le type d'élément qui peut conduire à retenir les manœuvres frauduleuses.
Le faux et l'usage de faux
Présenter une image fabriquée comme un document établissant un fait ayant des conséquences juridiques, par exemple une « preuve de fonds » jointe à une demande de prêt ou à un dossier, peut aussi relever du faux et de l'usage de faux (article 441-1 du Code pénal), punis de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 € d'amende.
Les pratiques commerciales trompeuses
Quand la fausse preuve sert à vendre un produit ou un service (formation, abonnement à des signaux, coaching), le Code de la consommation entre en jeu. Ses articles L121-2 et suivants qualifient de trompeuse une pratique qui repose sur des allégations fausses ou de nature à induire en erreur, notamment sur les résultats attendus du service. L'article L132-2 prévoit deux ans d'emprisonnement et 300 000 € d'amende, un montant qui peut être porté à 10 % du chiffre d'affaires annuel moyen ou à 50 % des dépenses engagées pour la publicité ou la pratique en cause. Lorsque l'infraction est commise par un service de communication au public en ligne, ce qui est le cas d'un réseau social ou d'un site de vente, les peines passent à cinq ans d'emprisonnement et 750 000 € d'amende.
Les influenceurs : la loi du 9 juin 2023
La loi n° 2023-451 du 9 juin 2023 encadre l'influence commerciale. Deux dispositions concernent directement notre sujet :
- son article 4 interdit aux influenceurs de promouvoir des services sur crypto-actifs, sauf ceux proposés par des prestataires enregistrés, agréés ou autorisés. Depuis la fin de la période transitoire du règlement européen MiCA, le 1er juillet 2026, seuls les prestataires agréés ou notifiés au titre de ce règlement remplissent cette condition ;
- la loi impose de signaler clairement tout contenu promotionnel par la mention « Publicité » ou « Collaboration commerciale », ou par une mention équivalente adaptée au format. Cette règle figurait à l'article 5 ; l'ordonnance n° 2024-978 du 6 novembre 2024, qui a mis la loi en conformité avec le droit européen, l'a déplacée à l'article 5-2.
Un influenceur qui exhibe des gains pour vendre une formation ou orienter vers une plateforme non autorisée cumule donc plusieurs risques juridiques. Vous pouvez le signaler à la DGCCRF sur SignalConso.
Une capture en justice : utile pour se défendre, inutile pour prouver un solde
En matière pénale, la preuve est libre (article 427 du Code de procédure pénale) : les captures de conversations, de profils, d'annonces ou d'adresses que vous conservez sont des éléments utiles à votre plainte, que le juge apprécie. Pour renforcer leur valeur, notez l'URL, la date et l'heure, et gardez les originaux. En revanche, la capture d'un solde ne démontre pas que les fonds existent : seule la blockchain, ou un relevé de l'établissement, le fait.
Les outils de maquette : à quoi ils servent, et ce qu'ils changent pour vous
Les générateurs d'écrans de portefeuille ne servent pas qu'à tromper. Ils répondent à de vrais besoins : produire les captures d'une application qui n'a pas encore d'utilisateurs, illustrer un pitch deck sans exposer ses avoirs, tourner un tutoriel ou une scène de film. Nous comparons ces options (maquette, testnet, vraie capture) dans notre guide pour montrer une app crypto sans exposer son portefeuille, et les formats exigés par Apple dans notre dossier sur les tailles de captures App Store.
La ligne est franchie au moment où l'image est présentée comme la preuve de quelque chose de réel, pour obtenir de l'argent, un investissement ou la confiance de quelqu'un. Un test simple, proposé dans cet article sur les trois sens du « larping » crypto : pourriez-vous montrer la même image avec la légende « ceci est une maquette » sans rien perdre de ce que vous cherchez à obtenir ? Si oui, vous êtes du côté du design. Si tout s'effondre dès qu'on l'étiquette, vous ne l'êtes pas.
My Larp Wallet est l'un de ces outils, et nous le connaissons bien : il appartient au même propriétaire qu'Hyrulea. L'utilisateur saisit les jetons, les quantités, le nom du portefeuille et, s'il le souhaite, le solde. L'outil affiche un écran interactif qui ressemble à une vraie application, avec les cours réels des jetons connus, rafraîchis toutes les quatre secondes. Rien n'est relié à une blockchain : aucune clé, aucune phrase de récupération ni aucune adresse n'est demandée. Seule la démo, couverte d'un filigrane, est gratuite ; la version sans filigrane coûte 19 dollars par mois ou 97 dollars une fois. Un écran crédible est donc à la portée de n'importe qui pour le prix d'un abonnement, ce qui confirme la leçon de ce guide : une capture n'a aucune valeur de preuve.
Ses garde-fous existent, avec des limites que nous préférons décrire exactement :
- Le filigrane de la démo. La démo gratuite est recouverte d'un motif « MYLARPWALLET.COM » répété en diagonale, avec une pastille « DEMO », et limitée à 12 modifications. Limite : l'écran de la version payante ne porte aucun filigrane.
- Le nom par défaut. Le portefeuille s'appelle « mylarpwallet.com » tant qu'on ne le change pas. Limite : il se remplace en un champ.
- Les conditions d'utilisation. Leur section 3, consacrée aux usages interdits, proscrit notamment de faire croire qu'on détient des actifs, d'obtenir un paiement, un investissement ou un prêt sur la base d'une position fictive, et de présenter l'image comme une preuve ou un relevé. Limite : elles n'empêchent pas la fraude, elles permettent de la sanctionner après coup (accès révoqué sans remboursement, signalement possible aux autorités).
- Le signalement. Un usage abusif peut être signalé à contact@mylarpwallet.com, avec « abuse » en objet ; l'éditeur annonce révoquer les licences concernées. Limite : encore faut-il savoir quel outil a produit l'image, ce qui est rarement possible sans filigrane.
On vous montre une capture pour vous convaincre : que faire
Le bon réflexe tient en une phrase : une capture ouvre une discussion, elle ne la clôt jamais. Avant toute décision, passez par cette liste.
Avant de payer, d'investir ou de livrer
- Je ne décide rien dans l'urgence : une offre honnête supporte 48 heures de réflexion.
- Je demande une adresse publique et je la consulte moi-même sur un explorateur de blocs.
- Je demande un message signé sur une phrase que j'ai choisie, avec la date et l'heure.
- Je ne donne jamais ma phrase de récupération et je ne signe rien moi-même.
- Je vérifie la plateforme : registre des prestataires agréés MiCA, listes noires de l'AMF, et registre Regafi s'il s'agit d'une banque ou d'une entreprise d'investissement.
- Je lance une recherche d'image inversée sur la capture et une recherche du pseudonyme suivi du mot « arnaque ».
- Je cherche la mention « Publicité » ou « Collaboration commerciale » (ou une mention équivalente) si un influenceur est en jeu.
- Je fais relire la situation par un proche, ou par la communauté.
Pour le dernier point, vous pouvez soumettre une capture douteuse à la communauté h/crypto, en masquant d'abord vos propres données (nom, adresses, montants). Et avant de faire affaire avec un service, consultez les avis et les fiches d'Hyrulea Trust.
Si vous avez déjà payé
Arrêter tout paiement
Ne versez plus rien, surtout pas des « frais » censés débloquer un retrait, une taxe ou une vérification : c'est le mécanisme même de l'arnaque.
Rassembler les preuves
Faites des captures des conversations, des profils, des annonces, des URL, des adresses de portefeuille et des identifiants de transaction. Notez les dates. Cette fois, vos captures servent : elles documentent les faits.
Prévenir votre banque
Si vous avez payé par carte ou par virement, contactez votre banque au plus vite : opposition, contestation ou demande de rappel des fonds. Le succès n'est pas garanti, surtout quand vous avez validé le paiement vous-même. Un transfert en cryptos, lui, ne s'annule pas.
Signaler et porter plainte
Appelez Info Escroqueries au 0 805 805 817 (appel gratuit, du lundi au vendredi de 9 h à 18 h 30) pour être orienté, puis déposez plainte. Signalez les faits à l'AMF via AMF Épargne Info Service (01 53 45 62 00 ou formulaire en ligne), le site ou le compte en cause sur Pharos, et un influenceur sur SignalConso. La page de l'AMF « Que faire si j'ai été victime d'une arnaque ? » détaille les démarches.
Se méfier de la deuxième arnaque
Les victimes sont souvent recontactées par de prétendus avocats, enquêteurs ou sociétés spécialisées qui promettent de récupérer les fonds contre paiement. Aucun service sérieux ne vous démarche de cette façon. Vérifiez chaque nom sur la liste noire des acteurs crypto de l'AMF.
En résumé : trois réflexes face à une capture de portefeuille crypto
Une capture de portefeuille, c'est une image, et une image se compose. Les contrôles visuels (arithmétique, variation du jour, barre d'état, arrondis, version de l'interface) écartent les faux grossiers en quelques minutes, mais ils ne valident jamais un vrai.
Retenez donc trois réflexes. Une adresse plutôt qu'une image. Une signature plutôt qu'une promesse. Et une question avant toute autre : qu'attend-on de moi en me montrant ce solde ? Si la réponse est « de l'argent », la vérification n'est plus une option. Pour aller plus loin, relisez notre panorama des arnaques crypto les plus courantes et suivez l'actualité de la rubrique Crypto.




