Aller au contenu
hyrulea

CryptoGuide

Montrer une app crypto sans exposer son portefeuille : maquette, testnet ou vraie capture ?

Une capture de votre vrai portefeuille publie bien plus qu'un solde : une adresse, donc tout un historique. Testnet, chaîne locale, mode démo, maquette d'application crypto, simulateur ou capture caviardée : voici comment montrer une app sans rien exposer, les options comparées (réalisme, effort, risques) et la ligne que le droit interdit de franchir.

Par La rédaction

· 19 min de lecture

Écran de smartphone affichant une application de portefeuille crypto : cours du bitcoin à 72 891,30 dollars, courbe de prix jaune sur fond violet et onglets « Price » et « Balance »
Une application de portefeuille ouverte sur l'onglet « Price » : l'écran montre le cours du bitcoin, pas le solde. — Photo : Brian J. Tromp / Unsplash · Licence Unsplash · source
Sommaire · 7 parties
  1. Ce qu'une capture de portefeuille révèle vraiment
  2. Flouter, recadrer, masquer : les limites de la capture caviardée
  3. Testnet, mode démo, maquette : cinq façons de montrer une app crypto
  4. Maquette, testnet ou capture : le comparatif
  5. Pitch deck : montrer un portefeuille crypto aux investisseurs
  6. Illustrer, oui ; faire croire, non : ce que dit le droit
  7. En résumé : trois règles avant d'appuyer sur « capturer »

Un fondateur glisse dans son pitch deck la capture de son propre portefeuille, « juste pour montrer l'interface ». Un formateur filme son écran pendant un tutoriel. Une journaliste illustre son article avec le wallet d'une source. Dans les trois cas, une maquette d'application crypto aurait suffi, et l'image publiée contient ce que personne ne voulait diffuser : une adresse, ou de quoi la retrouver. Or, sur une blockchain publique, une adresse ouvre tout un historique.

Il existe de meilleures façons de montrer une application crypto : un réseau de test, une chaîne locale, le mode démo de votre app, une maquette, un simulateur et, en dernier recours, une vraie capture caviardée. Ce guide les compare, puis trace la ligne que le droit impose.

Ce qu'une capture de portefeuille révèle vraiment

Sur Bitcoin, Ethereum ou Solana, tout est public : chaque adresse, chaque solde, chaque transaction. La confidentialité tient à une seule chose, l'absence de lien entre une adresse et une personne. Le document fondateur de Bitcoin en pointait déjà la limite en 2008.

Le risque, c'est que si le propriétaire d'une clé est identifié, les liens entre transactions pourraient révéler d'autres transactions appartenant au même propriétaire.
— Satoshi Nakamoto, « Bitcoin: A Peer-to-Peer Electronic Cash System », section 10, 2008 (traduit de l'anglais)

Une capture de votre portefeuille, publiée sous votre nom ou sur le compte de votre start-up, crée exactement ce lien. L'adresse ne permet pas de dépenser vos fonds, protégés par votre clé privée, mais elle permet de tout lire. Il suffit de la coller dans un explorateur de blocs (Etherscan, mempool.space, Solana Explorer) pour consulter :

  • le solde de chaque jeton, y compris ceux que la capture ne montrait pas ;
  • l'historique complet depuis la première transaction : dates, montants, contreparties ;
  • les liens avec d'autres adresses : celle qui a alimenté le portefeuille, les plateformes d'échange utilisées, les applications connectées ;
  • parfois un nom lisible, comme un nom de domaine en « .eth », qui renvoie à d'autres comptes.

Nul besoin d'être spécialiste : l'historique d'Ethereum est proposé en jeu de données public dans BigQuery, le service d'analyse de données de Google, et s'interroge en SQL (documentation du projet Ethereum ETL). Et supprimer la publication n'efface ni les copies, ni ce que d'autres ont déjà relevé.

Même sans adresse visible, l'image parle

Un montant précis, une date et un assortiment de jetons forment déjà une requête. Une capture de transaction affiche par exemple un montant à plusieurs décimales et une heure : sur une chaîne publique, ce couple permet souvent de retrouver l'opération, donc les deux adresses concernées.

Les adresses tronquées ne protègent guère plus. Beaucoup d'interfaces n'affichent que le début et la fin d'une adresse Ethereum, sous la forme « 0x3f5c…9a21 ». Quatre caractères hexadécimaux au début et quatre à la fin, c'est une combinaison parmi 16⁸, soit près de 4,3 milliards : croisé avec un montant ou une date, ce filtre devient très sélectif.

Pourquoi c'est un vrai risque, et pas seulement une question de pudeur

  • Vie privée. La CNIL considère que les identifiants des participants à une blockchain, comme les clés publiques, peuvent constituer des données personnelles au sens du RGPD : publier l'adresse d'un utilisateur n'a rien d'anodin.
  • Secret des affaires. Trésorerie, paiements aux prestataires, dates des levées de fonds : tout ce qui transite par l'adresse montrée devient lisible par la concurrence.
  • Sécurité numérique. Une adresse bien garnie et reliée à un nom attire l'hameçonnage ciblé, les faux supports techniques et l'« empoisonnement d'adresse » (des adresses fabriquées pour imiter le début et la fin de la vôtre). Notre guide pour sécuriser ses cryptos détaille les parades.
  • Sécurité physique. C'est le point le plus grave, et la France est en première ligne. Le recensement des agressions physiques visant des détenteurs de cryptos, tenu par le développeur Jameson Lopp, compte 23 cas français en 2025 (sur 86 dans le monde) et déjà 42 en 2026 au 19 septembre (sur 63) : séquestrations, home-jackings, enlèvements. Il n'est pas exhaustif, et rien n'indique que ces victimes ont été repérées grâce à une capture d'écran. Plusieurs familles ont même été visées par erreur : ce qui fait une cible, c'est ce que l'on croit qu'une personne possède.

23

Agressions physiques liées aux cryptos recensées en France en 2025

Sur 86 dans le monde (recensement Lopp, non exhaustif)

42

Cas français recensés en 2026, au 19 septembre

Sur 63 dans le monde, même recensement

4,3 Md

Combinaisons possibles pour les 4 + 4 caractères visibles d'une adresse Ethereum tronquée

16 puissance 8

1

Transaction suffit à relier publiquement un portefeuille jetable au portefeuille principal

Et ce lien est définitif

2

Outils de recadrage intégrés corrigés en 2023 pour fuite de l'image d'origine

Pixel (Google) et Windows (Microsoft)

0 €

Valeur qu'un jeton de test est censé avoir

Documentation Solana, BIP-94

Flouter, recadrer, masquer : les limites de la capture caviardée

Flouter l'adresse, puis publier : le réflexe est plus fragile qu'il n'y paraît. My Larp Wallet, éditeur d'un simulateur de portefeuille lié à Hyrulea, le résume dans son guide pour faire la démonstration d'un portefeuille sans montrer de vrai solde : le caviardage retire l'affichage, pas l'information.

Le flou et la pixellisation se défont parfois. Des outils publics, comme Depix, reconstituent du texte pixellisé dans certaines conditions. Un rectangle opaque n'a pas ce défaut.

Le recadrage peut laisser des traces dans le fichier. En 2023, deux outils de capture intégrés ont dû être corrigés parce que l'image recadrée conservait une partie des données d'origine : l'éditeur Markup des smartphones Pixel de Google (CVE-2023-21036) et l'Outil Capture d'écran de Windows (CVE-2023-28303). Tenez vos outils à jour.

Le reste de l'écran parle, on l'a vu : jetons, décimales, avatar, notification, heure. Les modes de confidentialité aident sans tout régler (MetaMask propose par exemple un réglage « Masquer les informations sensibles ») : vérifiez toujours ce qui reste visible.

Si vous devez vraiment publier une vraie capture

  • Utiliser un portefeuille dédié, jamais alimenté depuis le principal : une seule transaction entre les deux les relie publiquement, pour toujours.
  • Masquer l'adresse, les montants et les noms avec des rectangles opaques, jamais avec un flou.
  • Exporter une nouvelle image plutôt que de recadrer l'originale.
  • Inspecter le cadre entier : notifications, onglets, avatar, heure, activité récente.
  • Supprimer les métadonnées du fichier avant l'envoi.

Testnet, mode démo, maquette : cinq façons de montrer une app crypto

Chaque option a son usage, aucune n'est universelle : tout dépend de ce que l'image doit prouver.

1. Le réseau de test (testnet) : de vraies transactions, sans valeur

Un testnet est une vraie blockchain dont les jetons ne valent rien : signatures, blocs et confirmations sont réels, seul l'enjeu disparaît. C'est la seule option publique qui prouve qu'un parcours fonctionne de bout en bout.

  • Ethereum. Pour tester des applications, les équipes des clients Ethereum renvoient vers Sepolia, lancé en 2021. Hoodi, lancé le 17 mars 2025, sert au staking et à l'infrastructure. La page de référence de Sepolia liste huit « robinets » (faucets), des services qui distribuent gratuitement de petites quantités de jetons de test.
  • Solana. Le devnet est le réseau recommandé aux développeurs d'applications. Selon la documentation officielle, ses jetons « ne sont pas réels », un robinet permet d'en obtenir, et le registre peut être réinitialisé.
  • Bitcoin. Testnet4, pris en charge depuis Bitcoin Core 28.0, doit remplacer testnet3. Signet offre un réseau plus prévisible, dont les blocs doivent être signés.
  1. Créer un portefeuille réservé aux démonstrations

    Nouvelle phrase de récupération, profil de navigateur séparé ou second appareil : il ne doit jamais croiser vos fonds réels. Activez ensuite les réseaux de test (chez MetaMask : « Afficher les réseaux de test »).

  2. Obtenir des jetons de test

    Utilisez un robinet listé sur la page de référence de Sepolia, ou celui du devnet Solana, quelques jours avant : les quantités sont limitées.

  3. Préparer l'état à montrer

    Faites à l'avance les envois et signatures à montrer, pour que l'historique ne soit pas vide, et notez-les pour les rejouer.

  4. Étiqueter le réseau à l'écran

    Laissez visible le nom du réseau de test : votre public doit savoir que ces jetons n'ont aucune valeur.

Les limites, que My Larp Wallet détaille dans sa comparaison entre simulateur et testnet, tiennent aux chiffres : les montants dépendent des robinets, les jetons portent des noms de test et la colonne en euros reste vide, faute de cours. Pour le grand public, l'image est peu parlante.

Pour les équipes techniques : la chaîne locale. L'outil Anvil, de la suite Foundry, peut copier sur votre machine l'état du réseau principal d'Ethereum (anvil --fork-url), vrais contrats de jetons compris, puis attribuer à n'importe quelle adresse le solde de votre choix (anvil_setBalance et anvil_dealERC20). Résultat : votre vraie application, de vraies signatures, des chiffres que vous décidez, et rien de publié. Solana (solana-test-validator) et Bitcoin Core (mode regtest) proposent eux aussi une chaîne locale.

2. Le mode démo de votre propre application

Pour votre fiche App Store ou Google Play, c'est l'option la plus solide. Dans ses règles d'examen, mises à jour le 8 juin 2026, Apple exige que les captures montrent l'app « en cours d'utilisation » (règle 2.3.3). Toutes les métadonnées doivent aussi « refléter fidèlement l'expérience principale de l'app » (règle 2.3). La maquette générique d'un autre portefeuille ne remplit pas cette condition ; votre propre interface, remplie de données fictives, la remplit.

Prévoyez donc dans votre build un mode de démonstration qui charge un jeu de données fixe, versionné avec le code : des jetons que vous prenez réellement en charge, des quantités qui ne sont pas rondes, un total égal à la somme des lignes. Vous en aurez besoin de toute façon, car Apple demande pour les apps à compte « un compte de démonstration actif ou un mode démo complet ». Formats et barre d'état sont détaillés dans notre guide des tailles de captures App Store.

3. La maquette d'application (Figma ou autre outil de design)

Quand l'écran n'existe pas encore, ou qu'il change chaque semaine, la maquette est l'outil naturel : tout est maîtrisé, rien n'est relié à une blockchain. Elle a trois défauts. Elle s'éloigne du produit au fil des versions. Son texte peut différer de celui du téléphone : la police système d'Apple adapte le dessin de ses lettres à chaque taille (les « tailles optiques dynamiques »), ce que tous les outils de design ne reproduisent pas, comme le rappellent ses recommandations typographiques. Enfin, tout ce que le système dessine (barre d'état, indicateur d'accueil, clavier) doit être refait à la main.

Pour qu'une maquette de portefeuille soit crédible sans être trompeuse, respectez sa grammaire : une rangée d'onglets, un solde, une ligne de variation, puis la liste des jetons. Le guide d'anatomie d'un écran de portefeuille crypto de My Larp Wallet donne les proportions mesurées de chaque bloc. Et faites les calculs : chaque ligne vaut quantité × cours, le total égale la somme des lignes, la variation globale reste cohérente avec celle des lignes. C'est la première chose que vérifie un lecteur attentif, comme l'explique notre guide pour repérer une fausse capture de portefeuille crypto.

Et l'IA d'image ? Chiffres incohérents, textes déformés, marques existantes imitées : réservez-la aux visuels d'ambiance (voir notre guide de l'IA générative au quotidien).

4. Le simulateur de portefeuille dans le navigateur

Entre la maquette figée et le vrai portefeuille, des générateurs affichent une interface de portefeuille animée à partir des jetons, quantités et nom que vous saisissez. My Larp Wallet, édité par la même équipe qu'Hyrulea, en fait partie. Factuellement :

  • rien n'est relié à une blockchain : ni clé, ni phrase de récupération, ni adresse. Les montants sont ceux que vous tapez ; seuls les cours des jetons connus sont réels, rafraîchis toutes les quatre secondes ;
  • une fois ajouté à l'écran d'accueil d'un téléphone, le portefeuille s'ouvre en plein écran, et c'est vous qui faites la capture : l'outil n'exporte aucun fichier ;
  • la démo gratuite, sans compte, s'affiche sous un filigrane « MYLARPWALLET.COM » et une pastille « DEMO ». La version payante (19 dollars par mois ou 97 dollars une fois) ne porte aucun filigrane ;
  • ses conditions d'utilisation interdisent d'utiliser les images pour faire croire qu'on détient des actifs, obtenir un paiement, un investissement ou un prêt, servir de preuve ou de relevé, ou reproduire la marque d'un tiers de façon confuse.

Ce qu'un simulateur apporte

  • Aucune donnée réelle derrière l'image : rien à fuiter, rien à caviarder
  • Des cours réels qui bougent, utiles pour une vidéo ou une démonstration en direct
  • Des variantes en quelques secondes : écran vide, portefeuille chargé, solde très long pour tester une mise en page

Ses limites

  • Un écran générique, qui n'est pas l'interface de votre app : à proscrire pour votre fiche App Store
  • Aucun filigrane dans la version payante : l'étiquetage repose entièrement sur vous
  • Un thème par défaut proche des codes visuels d'un portefeuille connu : à personnaliser avant toute diffusion

Réservez-le donc aux illustrations génériques (article, formation, vidéo, diapositive) : il ne prouve rien. Avant de diffuser l'image, changez la couleur, le nom et les onglets pour qu'aucune marque tierce ne soit reconnaissable : Apple rappelle (règle 5.2.1) qu'une app ne doit pas utiliser la marque d'un tiers sans autorisation, et les logos de jetons appartiennent à leurs titulaires.

5. La vraie capture, caviardée

Elle a un usage légitime : documenter ce qui s'est réellement passé, qu'il s'agisse d'un rapport de bug sur un solde mal affiché, d'un ticket de support ou d'une enquête sur une transaction. Envoyez-la en privé quand c'est possible, et appliquez la liste de contrôle ci-dessus si elle doit être publiée.

Pour un article, préférez à la capture transmise par une source une adresse publique consultée sur un explorateur (celle d'un piratage connu, d'un projet, d'une institution) : l'adresse se vérifie, un message signé prouve que votre interlocuteur la contrôle, la capture ne prouve rien.

Maquette, testnet ou capture : le comparatif

OptionRéalismeEffortCe qu'elle prouveRisque principal
Testnet publicVraie interface, chiffres peu parlantsMoyenQu'un parcours fonctionneSolde de test présenté comme réel
Chaîne localeÉlevé, soldes choisisÉlevé (développeurs)Que le code fonctionneQuasi nul
Mode démo de l'appÉlevé, votre interfaceMoyen, une foisL'interface, pas les fondsDonnées incohérentes
Maquette FigmaMoyen, dérive avec le tempsFaible à moyenRienÉcran que l'app n'affiche pas
SimulateurÉlevé, écran génériqueFaibleRienDétournement en fausse preuve
Vraie capture caviardéeTotalFaible, contrôle minutieuxCe qui s'est passéFuite de l'adresse

Et selon votre situation :

Vous êtes…Pour…Choisissez
Équipe produitLa fiche App Store ou Google PlayLe mode démo de votre app
Équipe produitTester l'envoi, la réception, la signatureUn testnet ou une chaîne locale
FondateurLa diapositive « produit » d'un pitch deckUne capture du mode démo ou une maquette, étiquetée
FondateurLa diapositive « traction »Un graphique de vraies métriques, sourcé et daté
JournalisteIllustrer un sujet sur les portefeuillesUne maquette ou un simulateur, étiquetés
JournalisteÉtablir un faitL'explorateur de blocs et, si besoin, un message signé
FormateurUn tutoriel que les apprenants reproduisentUn testnet (Sepolia, devnet Solana)

Pitch deck : montrer un portefeuille crypto aux investisseurs

Dans un pitch deck, un écran de portefeuille répond à une seule question : à quoi ressemble le produit quand on s'en sert ? Actifs sous gestion, utilisateurs, chiffre d'affaires vont sur une autre diapositive, en graphique, avec une période et une source. C'est la recommandation centrale du guide de My Larp Wallet pour présenter un portefeuille crypto dans un pitch deck : elle évite qu'un choix de design devienne un problème lors de l'audit des investisseurs.

Étiquetez sur la diapositive elle-même. Une ligne en petits caractères, « interface illustrative, données fictives », suffit. Elle est indispensable quand le deck est envoyé : il circule alors sans vos explications orales.

Pensez à la lisibilité. Le même guide fait le calcul. Un écran d'iPhone de 2 556 pixels de haut, posé en pleine hauteur sur une diapositive de 1 080 pixels, est réduit à 42 % : un texte de 54 pixels n'en fait plus que 23. Sur une diapositive de 720 pixels, la réduction tombe à 28 %, soit 15 pixels. Montrez le téléphone entier une fois, puis recadrez sur le solde et deux ou trois lignes de jetons.

Choisissez des chiffres qui ne promettent rien. Un total moyen et irrégulier, des variations modestes et de signes mélangés : un écran tout vert, avec de fortes hausses, se lit comme une promesse de rendement. Montrez des jetons que votre produit prend réellement en charge et donnez au portefeuille un nom neutre, jamais celui d'une personne ou d'une société réelle.

Laissez la performance aux vraies métriques. Si elles sont modestes, montrez-les telles quelles : à un stade précoce, c'est attendu. Des chiffres enjolivés, eux, ne le sont pas.

Illustrer, oui ; faire croire, non : ce que dit le droit

Inventer le contenu d'une capture est la norme : presque toutes les captures de l'App Store affichent des noms, des montants et des dates fictifs. La ligne est franchie quand l'image est présentée comme le relevé d'une réalité (un vrai solde, une vraie traction, un vrai compte) pour obtenir de l'argent, un investissement ou la confiance de quelqu'un. Comme le souligne My Larp Wallet dans son article sur les données fictives dans une démo produit, le fichier est identique dans tous les cas : seul l'usage change.

Usage de l'imageCe que c'est
Fiche App Store, page d'accueil, tutorielUne illustration, attendue
Diapositive « produit », étiquetéeUne illustration
Diapositive qui présente un solde fictif comme des fonds sous gestion ou de la tractionUne affirmation fausse
Capture de solde envoyée pour convaincre un client, un prêteur ou un investisseurUne tromperie

Une étiquette « illustration » aide les lecteurs honnêtes, mais un recadrage suffit à l'effacer. La vraie règle : ne produisez aucune image dont le seul usage possible serait de faire croire que de l'argent existe. Car le droit ne sanctionne pas la maquette, mais l'usage qu'on en fait :

  • Le dol. Selon l'article 1137 du Code civil, le fait pour un contractant d'obtenir le consentement de l'autre « par des manœuvres ou des mensonges » est un dol. S'il a été déterminant, un investisseur convaincu par de faux chiffres peut demander l'annulation de son engagement et la réparation de son préjudice (articles 1130, 1131 et 1178).
  • L'escroquerie. L'article 313-1 du Code pénal punit de cinq ans d'emprisonnement et de 375 000 € d'amende le fait de tromper une personne, notamment par des « manœuvres frauduleuses », pour la déterminer à remettre des fonds, des valeurs ou un bien. Une fausse preuve de solde produite pour convaincre peut en relever.
  • Les pratiques commerciales trompeuses. Si l'image sert à vendre un produit ou un service, les articles L121-2 et suivants du Code de la consommation s'appliquent : est trompeuse une pratique qui repose sur des présentations fausses ou de nature à induire en erreur, notamment sur les résultats attendus. L'article L132-2 prévoit deux ans d'emprisonnement et 300 000 € d'amende (montant qui peut être porté à 10 % du chiffre d'affaires moyen annuel), et jusqu'à cinq ans et 750 000 € lorsque l'infraction est commise en ligne (site, réseau social).
  • Le règlement MiCA. Le règlement européen MiCA exige des communications commerciales clairement identifiables comme telles et des informations « correctes, claires et non trompeuses », qu'elles viennent d'un émetteur qui offre des crypto-actifs au public (article 7) ou d'un prestataire de services sur crypto-actifs (article 66). Depuis le 1er juillet 2026, seuls les prestataires agréés ou notifiés au titre de MiCA peuvent servir des clients en France (voir les plateformes encore autorisées).
  • Les règles d'Apple. La règle 2.3.1 prévoit qu'une app promue de façon trompeuse peut être retirée de l'App Store, et le compte développeur résilié.
  • Les influenceurs. La loi du 9 juin 2023 encadre la promotion de services sur crypto-actifs et impose de signaler clairement toute collaboration rémunérée, par la mention « Publicité » ou « Collaboration commerciale » ou par une mention équivalente.

Formateurs : une capture de solde présentée comme le résultat de votre méthode figure parmi les signaux d'alerte d'une formation en ligne ; fictive, elle peut relever des pratiques trompeuses décrites plus haut. Ces montages nourrissent aussi les arnaques crypto les plus courantes.

En résumé : trois règles avant d'appuyer sur « capturer »

Pour prouver, une vraie chaîne. Un testnet ou une chaîne locale pour démontrer qu'un parcours fonctionne ; l'adresse, l'explorateur et la signature pour établir un fait.

Pour montrer, une image sans rien derrière. Le mode démo de votre app pour votre fiche, une maquette pour ce qui n'existe pas encore, un simulateur pour un portefeuille générique ; des chiffres cohérents, et une étiquette dès que l'image quitte son contexte.

Jamais de faux solde pour obtenir quoi que ce soit. Ni un investissement, ni une vente, ni la confiance d'un inconnu.

Un doute sur un cas précis ? Posez la question à la communauté h/crypto, sans y publier votre adresse, ou à h/tech pour le design et le développement.

Questions fréquentes

Comment faire une maquette d'application crypto ?

Pour votre propre app, créez un mode démo qui charge des données fictives cohérentes dans votre vraie interface. Pour un écran qui n'existe pas encore, dessinez-le dans un outil de design comme Figma. Pour illustrer un portefeuille générique, un simulateur dans le navigateur suffit. Dans tous les cas : des totaux qui tombent juste, des jetons que vous prenez réellement en charge, et la mention « illustration » dès que l'image circule hors de son contexte.

Est-ce dangereux de partager une capture de son portefeuille crypto ?

Oui, dès qu'elle est publique. Elle relie une adresse à une personne. Or, sur une blockchain publique, l'adresse donne accès à tous les soldes et à tout l'historique. Cela expose à l'hameçonnage ciblé, et les agressions physiques visant des détenteurs de cryptos se multiplient en France. Préférez une maquette ou un portefeuille de test.

Peut-on voler des cryptos avec une simple adresse de portefeuille ?

Non : l'adresse sert à recevoir des fonds et à consulter les soldes, mais seule la clé privée (ou la phrase de récupération) permet de les dépenser. Le danger est indirect : une adresse reliée à votre nom révèle ce que vous détenez, et fait de vous une cible pour l'hameçonnage, l'empoisonnement d'adresse, voire une agression physique.

Flouter l'adresse de son wallet suffit-il ?

Pas toujours. Le flou et la pixellisation se défont parfois, des outils de recadrage ont déjà laissé les pixels coupés dans le fichier, et le reste de l'écran (montants, jetons, date) permet souvent de retrouver l'adresse. Si vous publiez une vraie capture, masquez avec des rectangles opaques, exportez une nouvelle image et utilisez un portefeuille jamais relié à votre portefeuille principal.

Comment obtenir des cryptos de test gratuitement ?

Par un « robinet » (faucet), un service qui distribue gratuitement de petites quantités de jetons de test. Sur Ethereum, utilisez le testnet Sepolia, dont la page de référence liste plusieurs robinets. Sur Solana, le devnet dispose d'un robinet. Ces jetons n'ont aucune valeur : ne les achetez jamais, et méfiez-vous de quiconque vous les présente avec un prix.

A-t-on le droit de mettre de fausses données dans des captures App Store ?

Oui, c'est la norme : les données d'une capture de fiche sont presque toujours fictives. Apple exige en revanche que les captures montrent votre app en cours d'utilisation et reflètent fidèlement son expérience principale (règles 2.3 et 2.3.3). La maquette d'une autre application, ou un écran que votre build ne sait pas afficher, pose problème.

Peut-on montrer un faux solde dans un pitch deck ?

Comme illustration du produit, oui, à condition de l'étiqueter clairement (« interface illustrative, données fictives »). Présenter ce solde comme des fonds réels, des actifs sous gestion ou de la traction pour obtenir un investissement est une autre affaire : cela peut relever du dol, qui permet d'annuler le contrat, voire de l'escroquerie.

Sources

  1. [1]Bitcoin: A Peer-to-Peer Electronic Cash System (section 10, Privacy) — Satoshi Nakamoto, 31 octobre 2008
  2. [2]Ethereum ETL (documentation du projet et jeu de données public) — Blockchain ETL
  3. [3]Known Physical Bitcoin Attacks (recensement des agressions physiques) — Jameson Lopp, consulté le 24 septembre 2026
  4. [4]Blockchain et RGPD : quelles solutions pour un usage responsable en présence de données personnelles ? — CNIL
  5. [5]Règlement (UE) 2016/679 (RGPD) — EUR-Lex, 27 avril 2016
  6. [6]CVE-2023-21036 : échec de troncature des images dans l'éditeur Markup (Android, Pixel) — GitHub Advisory Database, 24 mars 2023
  7. [7]CVE-2023-28303 : Windows Snipping Tool Information Disclosure Vulnerability — GitHub Advisory Database, 13 juin 2023
  8. [8]Depix, preuve de concept de reconstitution de texte pixellisé (dépôt depuis migré vers Codeberg) — spipm (GitHub)
  9. [9]Chaînes d'interface de l'extension MetaMask (français et anglais) — MetaMask, consulté le 24 septembre 2026
  10. [10]Sepolia Testnet (page de référence, liste des robinets) — eth-clients
  11. [11]Hoodi Testnet — eth-clients, lancé le 17 mars 2025
  12. [12]Clusters and Public RPC Endpoints — Solana
  13. [13]BIP-94 : Testnet 4 — Bitcoin Improvement Proposals, 27 mai 2024
  14. [14]BIP-325 : Signet — Bitcoin Improvement Proposals
  15. [15]Bitcoin Core 28.0 release notes (prise en charge de testnet4) — Bitcoin Core, 2024
  16. [16]Foundry (Anvil, fork local du réseau principal) — Foundry
  17. [17]Anvil : méthodes RPC anvil_setBalance et anvil_dealERC20 (code source) — Foundry
  18. [18]App Review Guidelines (règles 2.1, 2.3, 2.3.1, 2.3.3 et 5.2.1) — Apple, mis à jour le 8 juin 2026
  19. [19]Human Interface Guidelines : Typography (tailles optiques dynamiques des polices système) — Apple
  20. [20]How to demo a wallet without showing a real balance — My Larp Wallet, 5 septembre 2026
  21. [21]Wallet simulator or testnet: which one your demo needs — My Larp Wallet, 5 septembre 2026
  22. [22]Fake data in a product demo: where the line actually is — My Larp Wallet, 31 août 2026
  23. [23]How to show a crypto portfolio in a pitch deck — My Larp Wallet, 27 août 2026
  24. [24]Anatomy of a crypto wallet portfolio screen — My Larp Wallet, mis à jour le 8 septembre 2026
  25. [25]Terms of use and sale (section 3, Prohibited uses) — My Larp Wallet, 21 septembre 2026
  26. [26]Code pénal, article 313-1 (escroquerie) — Légifrance
  27. [27]Code civil (articles 1130, 1131, 1137 et 1178 : dol et nullité du contrat) — Légifrance
  28. [28]Code de la consommation (articles L121-2 et suivants, pratiques commerciales trompeuses) — Légifrance
  29. [29]Code de la consommation, article L132-2 (sanctions des pratiques commerciales trompeuses, aggravées en ligne) — Légifrance
  30. [30]Règlement (UE) 2023/1114 sur les marchés de crypto-actifs (MiCA), articles 7 et 66 — EUR-Lex, 31 mai 2023
  31. [31]Loi n° 2023-451 du 9 juin 2023 visant à encadrer l'influence commerciale — Légifrance, 9 juin 2023

Partager l'article

Écrit par

La rédaction

La rédaction d'Hyrulea couvre la tech, les jeux vidéo, le business en ligne et les formations. Chaque article est relu, sourcé et daté ; les liens d'intérêt sont signalés en tête d'article.

Notre charte éditoriale

Discussion

Réagissez à « Montrer une app crypto sans exposer son portefeuille : maquette, testnet ou vraie capture ? ». Les échanges sont modérés selon la charte de la communauté.

Aller plus loinLe débat continue sur h/crypto