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Jeux vidéoAnalyse

Loi influenceurs et jeux d'argent : ce qui est vraiment interdit aux créateurs (Twitch, Kick, TikTok)

Aucun casino en ligne n'est autorisé en France : aucun créateur ne peut donc en promouvoir un, sur aucune plateforme. Pour les paris sportifs, hippiques et le poker, la loi influenceurs du 9 juin 2023 fixe six conditions cumulatives. Textes et sanctions vérifiés, règles de Twitch, Kick, TikTok et YouTube, grille de lecture d'un stream sponsorisé.

Par La rédaction

· 19 min de lecture

Poste de streaming inoccupé sur un bureau en bois : micro sur bras articulé, deux écrans superposés avec une webcam fixée entre eux, enceintes de monitoring, clavier et pupitre de commandes à touches lumineuses.
Micro sur bras, webcam et pupitre de commandes : l'équipement type d'un poste de diffusion en direct. — Photo : Josh Sorenson / Pexels · Licence Pexels · source
Sommaire · 9 parties
  1. Loi influenceurs : qui est concerné, du streamer Kick au petit compte TikTok
  2. Casino en ligne : pourquoi un influenceur ne peut en promouvoir aucun
  3. Paris sportifs, hippiques et poker : ce que la loi permet, à six conditions
  4. Sanctions : ce que risquent créateurs et partenaires
  5. Twitch, Kick, TikTok, YouTube : les règles maison s'ajoutent à la loi
  6. Spectateurs : comment lire un stream de casino sponsorisé
  7. Créateurs : la check-list avant d'accepter un partenariat
  8. Ce qui reste flou en 2026
  9. En résumé : trois décisions pour un créateur, un réflexe pour un spectateur

Un code promo épinglé sous un live de machines à sous. Un lien « 18+ » dans une bio TikTok. Un « partenaire » qui renfloue le solde affiché à l'écran. Ces formats circulent chaque jour dans les communautés du jeu vidéo et du streaming, comme si la loi influenceurs du 9 juin 2023 n'avait rien changé aux jeux d'argent.

Les règles sont pourtant nettes. Un créateur peut promouvoir un opérateur agréé de paris sportifs, de paris hippiques ou de poker, à six conditions cumulatives. Il ne peut promouvoir aucun casino en ligne : aucun n'est autorisé en France, et en faire la publicité est un délit depuis 2010. Voici ce que disent les textes, ce que risquent les créateurs, ce qu'ajoutent Twitch, Kick, TikTok et YouTube, et comment lire un stream sponsorisé quand on est spectateur.

Cet article n'est pas une consultation juridique : il expose l'état des textes au 24 septembre 2026. Conformément à notre charte éditoriale, il ne met en avant aucun opérateur.

Loi influenceurs : qui est concerné, du streamer Kick au petit compte TikTok

La loi vise une activité, pas un métier. Son article 1er définit l'influence commerciale comme le fait de mobiliser « à titre onéreux » sa notoriété auprès de son audience pour promouvoir, directement ou indirectement, des biens, des services ou une cause, par voie électronique.

  • Aucun seuil d'abonnés. Un petit compte payé pour diffuser un code promo entre dans le champ.
  • « À titre onéreux » ne veut pas dire « payé par virement ». Toute contrepartie compte : commission par inscription, pourcentage des revenus, forfait par live, somme créditée sur un compte de jeu, voyage. La loi vise aussi bien une rémunération en argent qu'un avantage en nature.
  • Tous les formats. Live Twitch ou Kick, vidéo YouTube, short TikTok, story Instagram, canal public : seule compte la communication au public par voie électronique.

Un créateur installé hors de l'Union européenne, de la Suisse et de l'Espace économique européen (EEE) qui vise un public en France doit en outre désigner par écrit un représentant dans l'Union et s'assurer auprès d'un assureur européen (article 9). Pour un créateur établi dans un autre pays de l'EEE, l'ordonnance du 6 novembre 2024, qui a mis la loi en conformité avec le droit européen, a créé un article 5-1 qui écarte en principe certaines obligations au nom du « pays d'origine », sauf dérogation. Cet article ne vaut que pour la loi de 2023 : il ne touche pas au texte de 2010 qui réprime la publicité pour les sites de jeux non autorisés.

Casino en ligne : pourquoi un influenceur ne peut en promouvoir aucun

En France, les jeux d'argent sont interdits par principe. Le code de la sécurité intérieure vise « toutes opérations offertes au public, sous quelque dénomination que ce soit, pour faire naître l'espérance d'un gain qui serait dû, même partiellement, au hasard et pour lesquelles un sacrifice financier est exigé de la part des participants ». En ligne, l'ANJ n'agrée d'opérateurs que pour trois exceptions : paris sportifs, paris hippiques et poker. Loterie et grattage relèvent des droits exclusifs de la Française des jeux.

Au 24 septembre 2026, aucun texte n'a ouvert le casino en ligne à l'agrément. Un site qui propose machines à sous, roulette ou jeux « crash » à un joueur situé en France le fait donc illégalement, qu'il affiche une licence de Curaçao, d'Anjouan ou de Malte.

La publicité pour ces sites est un délit à part entière. L'article 57 de la loi du 12 mai 2010 punit « quiconque fait de la publicité, par quelque moyen que ce soit, en faveur d'un site de paris ou de jeux d'argent et de hasard non autorisé » de 100 000 € d'amende, que le tribunal peut porter au quadruple des dépenses publicitaires consacrées à l'activité illégale. Les conditions ajoutées en 2023 ne concernent que les jeux autorisés : pour un casino en ligne, aucune promotion n'est possible.

La notion de publicité s'entend largement : l'article 57 vise « quelque moyen que ce soit », la loi de 2023 la promotion « directe ou indirecte ». Entrent donc dans la zone de risque :

  • un code promo ou un lien d'affiliation vers un casino, même relégué en description ;
  • une session sponsorisée sur un site non agréé, même sans lien ;
  • l'affichage répété d'une marque de casino, y compris via une version « démo » qui renvoie vers l'offre payante ;
  • un concours financé par un casino.

Les sites de « case opening » et de paris en skins, familiers des joueurs, appellent la même prudence. Dès qu'il y a mise, hasard et espoir d'un gain ayant une valeur, ils peuvent relever de la définition légale des jeux d'argent, et aucun n'est agréé.

L'ANJ dispose aussi d'un levier technique. Depuis une loi du 2 mars 2022, elle peut faire bloquer par les fournisseurs d'accès les sites qui proposent des jeux illégaux ou en font la publicité, et les faire déréférencer, comme l'a rappelé le gouvernement en réponse à une question écrite sur la recrudescence des sites illégaux de casino.

Pour contrôler un site, suivez notre méthode pour savoir en cinq minutes si un site de jeux d'argent est légal en France. La synthèse réglementaire d'Online Casino Compare, comparateur édité par la même équipe qu'Hyrulea et financé par l'affiliation sur ses pages anglaises, détaille aussi le blocage administratif et l'interdiction volontaire de jeux.

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Casino en ligne agréé par l'ANJ

Seuls paris sportifs, hippiques et poker le sont

3 à 4 M

Personnes ayant joué sur l'offre illégale en un an

Étude PwC pour l'ANJ, 2023

1 sur 2

Joueurs de l'offre illégale qui en ignorent l'illégalité

ANJ, d'après l'étude PwC de 2023

100 000 €

Amende pour publicité en faveur d'un site non autorisé

Jusqu'au quadruple des dépenses publicitaires

5 ans

Prison encourue pour un partenariat non signalé diffusé en ligne

Et 750 000 € d'amende (code de la consommation, art. L. 132-2)

3 ans

Durée minimale d'une interdiction volontaire de jeux

Sans effet sur les sites illégaux

Paris sportifs, hippiques et poker : ce que la loi permet, à six conditions

Promouvoir un opérateur agréé reste légal, mais les conditions sont cumulatives : il suffit d'en manquer une pour sortir du cadre. Les exigences propres aux créateurs (plateforme, mentions, contrat) valent aussi pour les autres jeux autorisés, comme la loterie et le grattage de la FDJ ou les casinos physiques (code de la sécurité intérieure, art. L. 320-6) : l'article 4, VII de la loi de 2023 vise toutes les communications commerciales relatives aux jeux d'argent et de hasard.

  1. Vérifier l'agrément, activité par activité

    L'ANJ publie la liste des opérateurs agréés et des sites couverts. Un agrément vaut pour une activité et pour des sites précis : la version internationale d'une marque n'est pas couverte par l'agrément de son site français.

  2. Choisir une plateforme qui exclut tous les mineurs, et activer l'exclusion

    L'article 4, VII n'autorise ces communications que sur les plateformes « offrant la possibilité technique d'exclure de l'audience dudit contenu tous les utilisateurs âgés de moins de dix-huit ans », et si ce mécanisme est « effectivement activé ». Une simple étiquette d'avertissement ne suffit pas si les mineurs voient toujours le contenu. Nous n'avons trouvé aucun mode d'emploi officiel précisant ce qu'est une exclusion « effective » : conservez la preuve de l'activation.

  3. Afficher l'interdiction aux moins de 18 ans du début à la fin

    La mention doit être « claire, lisible et identifiable sur l'image ou sur la vidéo, sous tous les formats, durant l'intégralité de la promotion ». Un live sponsorisé de trois heures, c'est trois heures d'affichage.

  4. Ajouter le message de mise en garde officiel

    Il est fixé par l'arrêté du 11 juillet 2023 : « Les jeux d'argent et de hasard peuvent être dangereux : pertes d'argent, conflits familiaux, addiction… Retrouvez nos conseils sur joueurs-info-service.fr », avec le 09 74 75 13 13 (appel non surtaxé). Il ne peut être ni modifié ni masqué.

  5. Rendre le partenariat identifiable

    La loi impose d'indiquer clairement l'intention commerciale par la mention « Publicité » ou « Collaboration commerciale » (article 5 dans sa version de 2023) ou, depuis l'ordonnance de 2024 qui a déplacé cette règle à l'article 5-2, par une mention équivalente adaptée au format. Son absence constitue une pratique commerciale trompeuse. La fonction de déclaration des contenus commerciaux que le règlement européen sur les services numériques (DSA) impose aux plateformes (article 26) ne dispense pas de cette mention.

  6. Signer un contrat conforme

    Il doit contenir une clause par laquelle le créateur atteste connaître les règles des communications sur les jeux d'argent et s'engage à les respecter. Il doit en outre être écrit au-delà d'un seuil fixé par décret : 1 000 € HT par an et par annonceur, rémunérations et avantages en nature compris, selon le décret n° 2025-1137 du 28 novembre 2025. En dessous, un écrit reste la meilleure preuve de la clause.

Le fond est encadré aussi. Le décret du 4 novembre 2020 interdit notamment de suggérer que jouer contribue à la réussite sociale ou de présenter le jeu comme un moyen de gagner sa vie. Une vidéo « comment je paie mon loyer avec les paris » enfreint ces règles, même pour un opérateur agréé.

Dans ses recommandations de février 2022, l'ANJ invite les opérateurs à vérifier le profil des créateurs qu'ils recrutent, en particulier leur âge et la part de mineurs dans leur audience. Ces recommandations ne sont pas contraignantes, mais chaque opérateur agréé soumet chaque année sa stratégie promotionnelle à l'ANJ. Enfin, l'article 4 de la loi de 2023 interdit toute promotion d'abonnements à des pronostics sportifs : les offres payantes de « tipsters » sont visées.

SituationStatut en France
Live sponsorisé par un casino en ligne (machines à sous, roulette, crash…)Interdit
Code promo ou lien d'affiliation vers un casino, même en descriptionInterdit
Partie de casino en ligne filmée sans contrat, site et marque visiblesRisqué : peut être qualifié de publicité
Partenariat avec un site de paris sportifs non agréé en FranceInterdit, comme pour un casino
Partenariat avec un opérateur agréé (paris sportifs, hippiques, poker)Autorisé si les six conditions sont réunies
Même partenariat sur une plateforme sans exclusion effective des mineursInterdit
Promotion de la loterie ou du grattage de la FDJAutorisé aux mêmes conditions
Promotion d'un abonnement de pronostics sportifsInterdit
Partie sur un site agréé, avec son propre argent, sans aucune contrepartieHors du champ de la loi de 2023, pas forcément des règles de la plateforme
« Case opening » ou paris en skins contre de l'argentRisque élevé : peut relever des jeux d'argent, aucun opérateur agréé

Sanctions : ce que risquent créateurs et partenaires

Ce sont des maximums, que seul un tribunal correctionnel peut prononcer. Chaque ligne renvoie à l'article cité, consultable sur Légifrance.

ManquementPeine maximale encourue (texte)
Publicité pour un site non autorisé en France (casino en ligne, site de paris offshore)100 000 € d'amende, jusqu'au quadruple des dépenses publicitaires (loi n° 2010-476, art. 57)
Promotion d'un opérateur agréé hors des conditions de l'article 4, VII (plateforme, mention -18, clause)100 000 € d'amende, jusqu'au quadruple des dépenses publicitaires (loi n° 2023-451, art. 4, VII ; CSI, art. L. 324-8-1)
Communication commerciale sans mise en garde, ou destinée aux mineurs100 000 € d'amende, jusqu'au quadruple des dépenses publicitaires (CSI, art. L. 320-12 et L. 324-8-1)
Partenariat non signalé (ni « Publicité », ni « Collaboration commerciale », ni mention équivalente)En ligne : 5 ans d'emprisonnement et 750 000 € d'amende. Hors ligne : 2 ans et 300 000 €, amende pouvant être portée à 10 % du chiffre d'affaires ou 50 % des dépenses de publicité (loi n° 2023-451, art. 5-2 ; code de la consommation, art. L. 121-3 et L. 132-2)
Promotion d'abonnements de pronostics sportifs2 ans d'emprisonnement et 300 000 € d'amende (loi n° 2023-451, art. 4)
Proposer soi-même des jeux d'argent en ligne sans agrément3 ans d'emprisonnement et 90 000 € d'amende (loi n° 2010-476, art. 56)

Plusieurs textes peuvent viser le même contenu : un live casino sans mention commerciale relève à la fois de l'article 57 et de la pratique commerciale trompeuse. Des avocats estiment en outre qu'une promotion appuyée pourrait être poursuivie comme complicité de l'offre illégale, punie de trois ans d'emprisonnement et 90 000 € d'amende (Haas Avocats) : c'est une lecture possible, pas une jurisprudence établie.

Les poursuites peuvent partir d'un signalement. La DGCCRF peut enjoindre à un influenceur de se mettre en conformité puis, s'il n'obtempère pas, ordonner à la plateforme d'afficher un avertissement et, pour les infractions passibles d'au moins deux ans d'emprisonnement, de déréférencer le contenu ou d'en limiter l'accès (code de la consommation, art. L. 521-3-1). L'ANJ, elle, saisit la justice : en octobre 2025, le parquet de Paris a annoncé des mises en examen dans une enquête ouverte après un signalement de l'Autorité visant un casino en ligne clandestin.

Twitch, Kick, TikTok, YouTube : les règles maison s'ajoutent à la loi

Les règles des plateformes se superposent à la loi. Un contenu peut être légal et retiré, ou toléré par la plateforme et illégal en France.

  • Twitch, depuis le 18 octobre 2022 et dans ses règles actuelles : liens, codes d'affiliation et renvois oraux vers tout site proposant machines à sous, roulette ou dés sont interdits. Plusieurs sites nommément listés, jugés sans protections suffisantes (licence, limites de dépôt, vérification de l'âge), ne peuvent pas être diffusés. La promotion des paris en skins est interdite et l'étiquette « jeux d'argent » est obligatoire quand on joue à l'écran. Paris sportifs, fantasy et poker restent autorisés.
  • Kick, dans ses règles actuelles : jeux d'argent sponsorisés admis seulement avec des plateformes licenciées, dans le respect des lois de la juridiction du créateur ; partenariat à signaler clairement ; mineurs exclus ; « buy-in » payants pour participer à un concours interdits. Le compte officiel francophone avait annoncé le 11 mai 2024 que les contenus de casino ne seraient plus permis pour ses utilisateurs francophones à partir du 13 mai. Pour un public en France, de toute façon, aucune licence de casino en ligne n'existe.
  • YouTube, depuis le 19 mars 2025 : interdiction de diriger vers des sites ou applis de jeux non certifiés par Google, par lien, logo, mention orale ou affichage. Les contenus qui montrent ou promeuvent le jeu en ligne, casinos « sociaux » compris, sont réservés aux adultes connectés, même pour un site certifié. Toute promesse de retour sur mise est interdite.
  • TikTok, dans ses règles de la communauté et sa politique de contenu de marque : commercialiser les jeux d'argent ou y donner accès est interdit, sauf, dans certains pays, pour des comptes professionnels enregistrés et autorisés. Montrer des jeunes en train de jouer est interdit ; selon les pays, les contenus montrant le jeu sont interdits ou réservés aux adultes et exclus du fil « Pour toi ». Une nouvelle version de ces règles entre en vigueur le 24 septembre 2026.

Les plateformes ont aussi des obligations légales. Depuis le 17 février 2024, le DSA leur impose un mécanisme de signalement des contenus illicites (article 16), le traitement prioritaire des « signaleurs de confiance » (article 22), la déclaration des contenus commerciaux (article 26) et la protection des mineurs (article 28). L'Arcom coordonne son application en France.

Spectateurs : comment lire un stream de casino sponsorisé

Un live de casino ressemble à quelqu'un qui joue. C'est d'abord un format commercial, conçu pour transformer une audience en comptes ouverts. Cela ne préjuge pas de la sincérité d'un créateur : cela explique ce qui apparaît à l'écran. Le guide d'Online Casino Compare « Streamers casino : ce que vous ne voyez pas » décortique les trois mécanismes que l'image ne montre pas.

D'où vient le solde affiché

Rien dans l'interface ne le dit. Il peut s'agir des fonds du créateur, d'une somme créditée par l'opérateur, d'un forfait versé pour diffuser quel que soit le résultat, ou d'un crédit bonus aux conditions négociées. Quand la perte affichée n'est pas personnelle, les mises et la durée des sessions ne sont transposables à aucun budget réel.

Comment le créateur est payé

Le code affiché sous le live est le vrai produit. Le CPA (coût par acquisition) paie une somme fixe par nouveau joueur qui remplit une condition, en général un premier dépôt minimal. Le partage de revenus paie un pourcentage de ce que l'opérateur gagne sur les joueurs apportés, souvent pendant toute la vie du compte. Comme l'explique la page de transparence d'Online Casino Compare, site lui-même rémunéré ainsi sur ses pages anglaises, l'affilié est alors généralement payé sur les pertes des joueurs.

Autrement dit, plus l'audience perd, plus l'affilié gagne. Et selon l'étude réalisée par PwC pour l'ANJ, 79 % du produit brut des jeux de l'offre illégale proviendrait de joueurs ayant une pratique à risque : ces commissions reposent d'abord sur leurs pertes.

Pourquoi les extraits trompent

Ce qui circule, c'est l'extrait : quarante secondes et un gros multiplicateur, tirés de milliers de tours. Aux jeux « crash », la probabilité d'atteindre un multiplicateur vaut environ (1 − avantage de la maison) ÷ multiplicateur. Avec un avantage de 1 % :

Encaisser àProbabilité par mancheRéussites attendues sur 500 manches
2x49,5 %environ 248
10x9,9 %environ 50
100x0,99 %environ 5

Sur 500 manches, environ cinq dépassent 100x et font chacune un extrait. Les 495 autres ne font rien. Chaque extrait est authentique, l'image d'ensemble est fausse. Le calculateur de probabilités des jeux Crash permet de refaire ces calculs avec d'autres hypothèses. Au Plinko, sur 16 rangées en risque élevé, l'une des deux cases à 1 000x sort environ une fois sur 32 768 billes : l'extrait existe parce que le volume joué est énorme. Le biais est le même que pour les gains crypto exhibés sur les réseaux : une capture ne prouve jamais rien.

Le spectacle a aussi un prix. Avec un taux de retour au joueur de 96 %, chaque euro misé coûte en moyenne 4 centimes, soit 120 € de perte attendue pour 300 tours à 10 € (calcul Hyrulea). Notre dossier sur l'espérance de gain applique cette formule aux loot boxes, aux gachas et au grattage. Un stream ne change ni ce prix ni vos probabilités.

Cinq questions devant un live

  • Le partenariat est-il annoncé, à l'écran et dans la description ?
  • Le site joué est-il agréé en France ? Un casino en ligne ne l'est jamais.
  • À qui appartient le solde affiché : au créateur, ou à l'opérateur ?
  • Le créateur touche-t-il une somme par inscription, ou un pourcentage des pertes de son audience ?
  • L'extrait que je regarde a-t-il été choisi parmi des heures de jeu que personne ne m'a montrées ?

L'exposition pèse, y compris sur les paris légaux. D'après l'enquête d'Addictions France publiée le 16 septembre 2025, qui porte sur environ 3 000 contenus de paris sportifs diffusés entre mars 2023 et mars 2025, 80 % des contenus d'influenceurs n'afficheraient pas de message de prévention conforme. L'association fait aussi état d'un sondage Ifop selon lequel 83 % des personnes exposées à ces contenus disent qu'ils leur ont donné envie de parier, comme l'a rapporté franceinfo.

Signaler un contenu qui enfreint la loi

Un live qui affiche un code de casino, ou un partenariat de paris sans mention, peut être signalé à trois guichets :

  • à la plateforme, par son outil de signalement, que le DSA l'oblige à proposer pour les contenus illicites (article 16) ;
  • à la DGCCRF, sur SignalConso, pour un partenariat non signalé ou une pratique commerciale trompeuse ;
  • à l'ANJ, grâce à son formulaire de signalement d'un site de jeu illégal, pour le site promu.

Joignez une capture datée et l'adresse du contenu : un live disparaît vite.

Créateurs : la check-list avant d'accepter un partenariat

Ces propositions arrivent souvent en message privé. Passez-les au filtre.

Avant de signer un partenariat

  • L'opérateur figure sur la liste de l'ANJ, pour l'activité promue et pour le site cité.
  • Ce n'est ni un casino en ligne, ni un site de « case opening », ni un abonnement de pronostics.
  • L'exclusion des moins de 18 ans est activée sur chaque contenu concerné.
  • La mention -18 reste visible pendant toute la promotion ; le message de mise en garde et la mention « Publicité » sont affichés clairement.
  • Le contrat contient la clause de conformité ; il est écrit, ce qui est obligatoire au-delà de 1 000 € HT par an et par annonceur.
  • Aucun discours sur les gains, la réussite ou le jeu comme source de revenus.
  • Vos statistiques montrent une audience très majoritairement adulte : l'ANJ invite les opérateurs à vérifier ce point.

Si une seule case reste vide, la réponse la plus sûre est non. Si vous avez déjà diffusé des contenus pour un casino, retirez liens et codes, cessez la collaboration et, en cas de mise en demeure, consultez un avocat. Les autres revenus d'un créateur sont chiffrés dans notre dossier sur ce que rapporte une chaîne YouTube en France, et les propositions douteuses se discutent dans la communauté h/jeuxvideo.

Ce qui reste flou en 2026

  • La notion d'exclusion « effective » des mineurs. Nous n'avons trouvé ni référentiel technique ni décision de justice qui la précise : la conformité d'un réglage s'apprécie au cas par cas, et la prudence pèse sur le créateur.
  • Les créateurs établis dans un autre pays de l'EEE. L'articulation de l'article 5-1 avec les règles propres aux jeux d'argent n'a pas, à notre connaissance, été tranchée par un juge.
  • Les règles de Kick. L'annonce francophone de 2024 et les lignes directrices actuelles ne se recouvrent pas mot pour mot : relisez la version en vigueur avant tout partenariat.

Rien de flou, en revanche, sur le casino en ligne : aucun texte ne l'a ouvert à l'agrément au 24 septembre 2026.

En résumé : trois décisions pour un créateur, un réflexe pour un spectateur

Pour un créateur, la loi se résume à trois décisions. Casino en ligne : refuser, toujours. Paris sportifs, hippiques ou poker : accepter seulement un opérateur agréé, sur une plateforme où l'exclusion des mineurs est activée, avec les trois mentions et un contrat en règle. Pronostics payants : refuser. Pour un spectateur, un live sponsorisé se regarde comme une publicité : il montre un produit, pas vos chances.

Aide et prévention

Joueurs Info Service : écoute, conseils et orientation

Service national d'aide à distance sur les jeux d'argent, par téléphone au 09 74 75 13 13 et par chat.

Questions fréquentes

Un influenceur a-t-il le droit de faire de la publicité pour un casino en ligne ?

Non. L'Autorité nationale des jeux n'agrée aucun casino en ligne : machines à sous, roulette, blackjack ou jeux « crash » ne peuvent pas être proposés légalement en France. Faire de la publicité pour un tel site, par un code promo, un lien d'affiliation ou un live sponsorisé, est puni de 100 000 € d'amende, montant que le tribunal peut porter au quadruple des dépenses publicitaires.

Un streamer peut-il faire la promotion de paris sportifs ?

Oui, si l'opérateur est agréé par l'ANJ et si toutes les conditions de la loi du 9 juin 2023 sont réunies : plateforme capable d'exclure tous les moins de 18 ans avec ce réglage activé, mention d'interdiction aux mineurs visible pendant toute la promotion, message de mise en garde officiel, mention « Publicité » ou « Collaboration commerciale » et clause de conformité dans le contrat. La promotion d'abonnements à des pronostics sportifs reste interdite.

Quelle sanction pour un influenceur qui fait la promotion d'un casino en ligne ?

La publicité pour un site de jeux non autorisé est punie de 100 000 € d'amende, jusqu'au quadruple des dépenses publicitaires (article 57 de la loi du 12 mai 2010). Si le partenariat n'est pas signalé comme commercial, le délit de pratique commerciale trompeuse peut aussi être retenu : commis en ligne, il est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 750 000 € d'amende (article L. 132-2 du code de la consommation). Certains avocats estiment qu'une promotion appuyée pourrait aussi être poursuivie comme complicité de l'offre illégale.

Quelles mentions afficher pour un partenariat avec un site de paris sportifs ?

Trois éléments : une mention d'interdiction aux moins de 18 ans, claire et visible pendant toute la promotion ; le message de mise en garde officiel renvoyant vers joueurs-info-service.fr et le 09 74 75 13 13 ; la mention « Publicité » ou « Collaboration commerciale », ou un équivalent adapté au format. Le contenu doit en outre être diffusé sur une plateforme où l'exclusion des mineurs est activée.

Un streamer peut-il jouer au casino en ligne en live sans partenariat ?

Aucun texte ne vise spécifiquement le fait de se filmer en train de jouer. Mais aucun casino en ligne n'est autorisé en France, et l'article 57 de la loi du 12 mai 2010 réprime la publicité « par quelque moyen que ce soit » : montrer un site et sa marque à une audience, a fortiori avec un lien ou un code, peut être qualifié de publicité, même sans contrat. Twitch interdit en outre tout lien ou code vers un site de machines à sous, de roulette ou de dés.

Comment signaler un influenceur qui fait la promotion d'un casino en ligne ?

Signalez d'abord le contenu à la plateforme : le règlement européen sur les services numériques (DSA) l'oblige à proposer un mécanisme de signalement des contenus illicites. Un partenariat non signalé ou trompeur peut aussi être signalé à la DGCCRF sur SignalConso, et le site de jeu illégal à l'ANJ, grâce à son formulaire de signalement.

La loi influenceurs s'applique-t-elle aux créateurs installés à Dubaï ou hors d'Europe ?

Oui, lorsqu'ils ciblent un public en France. L'article 9 de la loi du 9 juin 2023 impose même à un créateur établi hors de l'Union européenne, de la Suisse et de l'Espace économique européen de désigner par écrit un représentant dans l'Union et de s'assurer auprès d'un assureur européen. S'installer à l'étranger ne rend donc pas légale la promotion d'un casino en ligne auprès d'un public français.

Est-ce illégal de regarder un stream de casino en ligne ?

Regarder un stream n'est pas une infraction : les textes visent ceux qui proposent des jeux sans agrément et ceux qui en font la publicité. En revanche, un site de casino en ligne n'est pas autorisé en France, et y jouer prive de toute protection en cas de litige, de retrait bloqué ou de vol de données.

Les streamers casino jouent-ils avec leur propre argent ?

Pas forcément, et rien à l'écran ne permet de le savoir. Le solde affiché peut venir des fonds du créateur, d'une somme créditée par l'opérateur dans le cadre d'un partenariat, d'un forfait versé pour diffuser ou d'un crédit bonus aux conditions négociées. Dans tous les cas, le comportement observé n'est pas transposable à un budget personnel.

Sources

  1. [1]Loi n° 2023-451 du 9 juin 2023 visant à encadrer l'influence commerciale et à lutter contre les dérives des influenceurs sur les réseaux sociaux — Légifrance, 9 juin 2023
  2. [2]Loi n° 2023-451, article 4 (promotions interdites ; VII : jeux d'argent et de hasard) — Légifrance
  3. [3]Loi n° 2023-451, article 5, version initiale (mention « Publicité » ou « Collaboration commerciale », reprise à l'article 5-2 depuis l'ordonnance de 2024) — Légifrance
  4. [4]Loi n° 2023-451, article 9 (influenceurs établis hors de l'Union européenne) — Légifrance
  5. [5]Ordonnance n° 2024-978 du 6 novembre 2024 modifiant la loi n° 2023-451 du 9 juin 2023 — Légifrance, 6 novembre 2024
  6. [6]Décret n° 2025-1137 du 28 novembre 2025 portant application de l'article 8 de la loi n° 2023-451 (seuil du contrat écrit) — Légifrance, 28 novembre 2025
  7. [7]Loi n° 2010-476 du 12 mai 2010, article 57 (publicité en faveur d'un site non autorisé) — Légifrance
  8. [8]Loi n° 2010-476 du 12 mai 2010, article 56 (offre de jeux en ligne sans agrément) — Légifrance
  9. [9]Code de la sécurité intérieure, article L. 320-1 (définition des jeux d'argent et de hasard) — Légifrance
  10. [10]Code de la sécurité intérieure (texte consolidé : articles L. 320-6, L. 320-12 et L. 324-1) — Légifrance
  11. [11]Code de la sécurité intérieure, article L. 324-8-1 (communications commerciales non conformes) — Légifrance
  12. [12]Code de la consommation, article L. 132-2 (sanctions des pratiques commerciales trompeuses, aggravées en ligne) — Légifrance
  13. [13]Arrêté du 11 juillet 2023 relatif au message de mise en garde contre le jeu excessif ou pathologique devant figurer sur les communications commerciales diffusées en ligne — Légifrance, 11 juillet 2023
  14. [14]Décret n° 2020-1349 du 4 novembre 2020 relatif aux modalités de régulation de l'Autorité nationale des jeux — Légifrance, 4 novembre 2020
  15. [15]Communication n° 2022-C-001 : lignes directrices sur la publicité des jeux d'argent — Autorité nationale des jeux, 17 février 2022
  16. [16]Communication n° 2022-C-002 : recommandations sur la publicité des jeux d'argent (influenceurs et ambassadeurs) — Autorité nationale des jeux, 17 février 2022
  17. [17]Stratégies promotionnelles 2023 : des progrès mais un effort global supplémentaire est nécessaire — Autorité nationale des jeux
  18. [18]Opérateurs agréés — Autorité nationale des jeux
  19. [19]Jeux d'argent en ligne illégaux : l'ANJ publie une étude pour mesurer l'offre illégale disponible en France — Autorité nationale des jeux, décembre 2023
  20. [20]Étude sur l'offre illégale de jeux d'argent et de hasard (rapport final, réalisé par PwC) — Autorité nationale des jeux, 15 décembre 2023
  21. [21]Casinos en ligne : l'ANJ lance une campagne d'information pour rappeler l'illégalité et la dangerosité de ces sites — Autorité nationale des jeux, 7 octobre 2024
  22. [22]Signaler un site de jeu illégal (formulaire de contact) — Autorité nationale des jeux
  23. [23]Combien de temps dure une interdiction volontaire de jeux d'argent ? — Autorité nationale des jeux
  24. [24]Question écrite n° 294 : recrudescence des sites illégaux de jeux de casino (réponse du gouvernement) — Assemblée nationale
  25. [25]Communiqué du parquet de Paris : casino en ligne clandestin, mises en examen — Tribunal judiciaire de Paris, 10 octobre 2025
  26. [26]Influenceurs : quels sont mes devoirs ? — Ministère de l'Économie (DGCCRF)
  27. [27]SignalConso — DGCCRF
  28. [28]Les streamers de jeux de casino en ligne dans le viseur de l'ANJ — Haas Avocats
  29. [29]Paris sportifs : enquête sur la stratégie marketing des opérateurs — Association Addictions France, 16 septembre 2025
  30. [30]Paris sportifs : l'association Addictions France dénonce un « marketing agressif » pouvant favoriser un jeu pathologique — franceinfo, 16 septembre 2025
  31. [31]Prohibiting Unsafe Slots, Roulette, and Dice Gambling Sites — Twitch
  32. [32]Annonce de la politique de Twitch sur les sites de jeux d'argent (compte officiel) — Twitch, 20 septembre 2022
  33. [33]Community Guidelines (Prohibited Gambling Content) — Twitch
  34. [34]Community Guidelines — Kick
  35. [35]Annonce aux utilisateurs francophones sur les contenus de casino (compte officiel Kick Français) — Kick, 11 mai 2024
  36. [36]An update to YouTube's policies on online gambling content — YouTube, mars 2025
  37. [37]Uncertified online gambling sites (règles relatives aux biens et services réglementés) — YouTube
  38. [38]Regulated Goods and Commercial Activities (Community Guidelines, version du 13 septembre 2025) — TikTok
  39. [39]Branded Content Policy — TikTok
  40. [40]Règlement (UE) 2022/2065 sur les services numériques (DSA) — EUR-Lex, 19 octobre 2022
  41. [41]Joueurs Info Service — Santé publique France
  42. [42]Streamers casino : ce que vous ne voyez pas — Online Casino Compare (lien d'intérêt), 17 septembre 2026
  43. [43]Réglementation des jeux d'argent en France — Online Casino Compare (lien d'intérêt), 17 septembre 2026
  44. [44]Transparence sur l'affiliation — Online Casino Compare (lien d'intérêt), 17 septembre 2026
  45. [45]Probabilités des jeux Crash (outil de calcul) — Online Casino Compare (lien d'intérêt)

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